Jenni Thompson : portrait d’une fan de randonnée

Jenni Thompson : portrait d’une fan de randonnée

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Nous avons eu la chance de discuter avec Jenni Thompson, une championne de la randonnée longue distance. Elle nous explique comment elle réussit à jongler entre son travail et ses randonnées absolument incroyables avec un million de pas par mois (non, ce n'est pas une blague !), et ce qu'il faut savoir avant de partir à l'aventure.

Jenni Thompson habite à Belleville, une petite ville entre Toronto et Ottawa au Canada. Amoureuse du sport, elle pratiquait huit disciplines durant ses années lycée et a fait cinq ans de basket à l’université. Sa passion ? Les voyages et la randonnée longue distance. Nous sommes restés bouche bée en l’entendant parler de certaines de ses aventures. Nous avons donc voulu en savoir davantage sur ses randonnées (très) longue distance.

Où êtes-vous allée lors de votre dernière randonnée ?

De juillet à fin novembre, j’ai fait le sentier des Appalaches. C’est un trail qui s’étend du Maine à la Géorgie, sur un peu plus de 3 500 kilomètres. Quand je suis arrivée en Géorgie, je me suis dit « Tiens, j’ai entendu parler du Florida Trail et j’ai bien envie de le tenter ». La Géorgie et la Floride étant deux états frontaliers, j’ai décidé de m’y rendre et de démarrer là-bas. J’ai donc commencé le Florida Trail juste après Thanksgiving, fin novembre. Il commence près de la frontière de l’Alabama et s’étend jusqu’à Miami ou jusqu’au parc national des Everglades, soit presque 1 800 kilomètres. Donc au total, ça fait environ 5 300 kilomètres.

J’ai entendu dire que le sentier des Appalaches prenait entre cinq et sept mois. Vu que je venais de finir la saison de basket, j’étais en forme, donc je me suis dit que je pourrais probablement le faire plus ou moins facilement en six mois. J’ai fait mes recherches et j’ai préparé mon budget pour six mois. Au final, j’ai vu le bout de ce sentier après quatre mois et demi. Comme il me restait un mois et demi prévu dans mon budget, je me suis lancée dans le Florida Trail.

Pourquoi avez-vous commencé à vous intéresser à la randonnée longue distance ?

Je ne savais pas vraiment ce que c’était, je ne savais pas que des gens sains d’esprit s’aventuraient là-dedans. Et un jour j’ai vu le film Wild, avec Reese Witherspoon. Ça m’a paru extrême, mais, d’un autre côté, j’étais sur le point de terminer mes études et je n’avais encore rien de prévu après. Deux mois plus tard, j’avais tout le nécessaire. Et je me suis lancée.

Je suis un peu en train de me chercher une excuse pour ne pas avoir découvert cette discipline plus tôt. [Elle rit] Mais quand j’ai vu ce film, ça a été une révélation. En plus, j’adore les challenges. Au lycée, je faisais partie de huit équipes de sport différentes parce que j’aimais les défis et la compétition.

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Si vous deviez donner deux ou trois conseils aux randonneurs longue distance débutants, ce serait... ?

Je pense que ça dépend de la période où vous partez. Sur la côte est des États-Unis, il faut avoir le bon équipement pour braver la pluie. Alors que sur la côte ouest, il pleut quoi, quatre jours tous les six mois… Certaines personnes ne prennent même pas la peine d’emporter une tente. Ils emmènent quelque chose de bien plus léger, comme une bâche, et ils n’ont même pas d’imperméable.

Aujourd’hui, je sais qu’une paire de chaussures est censée durer environ 800 kilomètres. Pas plus. Après, le rembourrage est trop usé. Donc il suffit de se faire envoyer une nouvelle paire à un endroit à 800 kilomètres de là et quand vous y arrivez, vous n’avez plus qu’à changer de chaussures. C’est vraiment un conseil que j’applique parce que ce sont nos pieds qui nous font avancer. Il faut en prendre soin.

Niveau équipement, ça peut vite devenir très cher, mais après tout, on obtient la qualité pour laquelle on paie. Faire un trail entier avec un sac poubelle pour imperméable et un matelas de mauvaise qualité, c’est faisable. Mais dans ce cas, il faut être bien conscient que le parcours ne sera pas aussi facile et agréable que pour les randonneurs avec un équipement de pointe. Pour moi, le sommeil est très important. Donc au milieu de mon itinéraire, je suis passée à un matelas gonflable et je me trimballais avec un coussin. Certains randonneurs me regardaient avec de grands yeux pensant que j’étais folle, mais je n’étais pas prête à sacrifier tout mon confort matériel. C’est vraiment tentant d’acheter tout son équipement chez Patagonia, mais sur les sentiers, personne ne se soucie vraiment de la marque de vos affaires. Vous êtes là et c’est ce qui compte.

Certains trails demandent plus d’organisation, mais vu que le sentier des Appalaches est très connu, je me suis dit que je me débrouillerais une fois sur place. Pour clarifier les choses, je n’étais pas irresponsable au point de me lancer dans cette aventure sans savoir où étaient les points d’eau. [Elle rit] Je pense que la meilleure façon de se préparer est de demander aux gens qui viennent de la direction opposée. Ils vous diront exactement ce qu’il ne faut pas manquer. Cela laisse aussi un peu de place à la spontanéité car en suivant une carte, on sait toujours ce qui nous attend. Au début du sentier des Appalaches, je pensais que le chemin était très bien balisé, alors j’ai commencé à suivre les marques blanches sur les arbres. Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvaient les cours d’eau. C’est un peu dangereux, on est d’accord. Mais j’aime la sensation de ne pas savoir. À mi-chemin, je me suis acheté une carte et tout a changé. Je savais ce qui m’attendait et j’avais hâte de découvrir toutes ces belles choses. En fait, je pense que c’est dur de planifier… Tout le monde est différent.

Je me renseigne sur le principal avant de partir : quelle est la meilleure direction, est-ce que je veux croiser beaucoup ou peu de monde, est-ce que je veux voir toutes les sources et cascades, etc. Ce sont des questions qu’il faut se poser. Une fois que tout est clair pour vous, vous pouvez partir à l’aventure.

 

Vous partez en randonnée toute seule la plupart du temps ?

Je me renseigne avant de partir pour savoir s’il y aura beaucoup de monde sur le sentier ou pas. En général, ma plus grande inquiétude c’est qu’il y ait trop de monde quand j’ai envie de marcher toute seule, et non pas qu’il y ait personne quand je ne veux pas être seule. Quand on campe seul la nuit, il faut s’habituer à plein de choses. Parce que si vous marchez plus ou moins vite que les autres, galérer pour ne pas perdre le groupe ou devoir courir pour être un peu seul, ce n’est pas la chose la plus sympa à faire. Je me suis retrouvée toute seule dans le noir plusieurs fois et j’entendais des animaux. Mais au bout d’un moment, on s’habitue : on se réveille car on entend un bruit, puis on se retourne et on continue notre nuit. De toute façon, même s’il y a un ours, qu’est-ce tu veux faire ?

Vous êtes une passionnée de randonnée, mais vous avez toujours des factures à payer. Comment faites-vous pour concilier votre travail et votre vie de randonneuse ?

C’est devenu une habitude : je rentre chez moi, je travaille et j’économise autant que possible et je repars pour une longue période. Je n’avais jamais vraiment travaillé à plein temps jusqu’à maintenant. Je combinais toujours deux temps partiels ou je prenais des emplois faciles à quitter. J’ai économisé beaucoup d’argent pendant mes études en travaillant de nuit, ce qui m’a permis de bosser à temps plein et de ne pas avoir à compter sur quelqu’un d’autre.

Mais, si vous voulez faire carrière, les choses se compliquent. Certains prennent des congés sabbatiques mais il est très rare de croiser un randonneur longue distance qui n’a pas eu à quitter son emploi. Par contre, il est courant de voir des randonneurs qui parcourent un sentier par section : ils marchent pendant deux semaines tous les ans et ce sur plusieurs années, au bout desquelles ils auront fini le trail. Ils peuvent parcourir entre 250 et 300 kilomètres par an.

Cela dépend vraiment de la façon dont vous voyez votre budget et à quel point vous pouvez le faire durer. Il y a des auberges de jeunesse le long des sentiers, mais il faut prendre des décisions : est-ce que je veux payer 20 euros la nuit pour un lit ou est-ce je préfère économiser et ne payer que 3 euros pour planter ma tente ? En général, j’opte pour l’option la moins chère.

Parlons gadgets ! Quels appareils Withings utilisez-vous lors de vos randonnées ?

Sur le sentier des Appalaches, j’ai porté une Steel en permanence. La batterie comme tout le reste a tenu, je n’avais jamais vu ça. La semaine dernière, j’ai craqué pour la Steel HR Sport.

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Pourquoi aimez-vous les appareils Withings ? Quelles fonctionnalités utilisez-vous ?

J’apprécie l’autonomie. Je n’ai pas envie d’emporter des piles et de m’encombrer ou de devoir trouver des prises pour tout recharger. Ma priorité numéro 1 était de trouver une montre avec une batterie qui pouvait tenir toute la randonnée.

J’utilise ma montre pour regarder l’heure pour économiser la batterie de mon téléphone. Non pas que ce soit important : sur le sentier, le temps n’a aucune importance. Et je m’en servais aussi pour mesurer mon nombre de pas. Pour moi c’était vraiment important. C’est devenu une sorte de défi : chaque jour j’essayais de faire plus de pas que la veille. J’aime bien me remémorer cette expérience, je me dis « c’est dingue, j’ai vraiment fait ça, j’ai vraiment réussi à faire plus d’un million de pas par mois, pendant trois mois consécutifs ».

La Steel permet aussi de suivre la distance parcourue. C’est d’autant plus pratique quand on sait qu’il y a une source d’eau à 13 kilomètres.

Des conseils sur l'utilisation des appareils Withings pour la randonnée longue distance ?

Je pense que ça dépend de la durée de la randonnée. J’opterais pour Steel HR Spor, on voit plus de choses : elle fait GPS avec le téléphone et vous pouvez voir votre fréquence cardiaque, ce qui est un gros plus. Et la batterie ne vous laissera pas tomber. Les gens dépendent trop de leur téléphone. Je sais que je ne suis pas très crédible vu que je viens de dire qu’il faut dépendre d’un autre appareil. Mais c’est vraiment très pratique.

Je m’en sers comme réveil. Si je n’ai pas d’heure précise à laquelle me lever le lendemain, j’utilise la fonction Smart Wake-Up et comme ça, je suis réveillée au meilleur moment dans une fenêtre de deux heures. C’est une façon pour moi de me réveiller dans les meilleures conditions chaque jour.

Qu'est-ce qui vous pousse à continuer d'avancer dans les moments compliqués ?

Si vous faites une randonnée longue distance, il faut vraiment que ça vous plaise. Ce n’est pas le paradis 24 heures sur 24. Et on ne sent pas non plus la rose. Il n’est pas rare de voir des gens en difficulté sur plusieurs kilomètres chaque jour. Ils passent un très mauvais moment, mais ne veulent pas se résigner et perdre la bataille. C’est presque plus facile de vraiment galérer que de rentrer à la maison où les gens te diront « tu vois, on savait que tu ne pouvais pas le faire ». Ceux qui jettent l’éponge quand ils savent que c’est la meilleure chose à faire pour eux ont tout mon respect. Le taux de réussite du sentier des Appalaches en 2018 était de 17 ou 23 % selon la direction empruntée. Il est impossible de savoir quand les gens vont abandonner. Certains s’arrêtent à seulement quelques centaines de kilomètres du dernier sommet !

Je suis rentrée pour Noël, au milieu du Florida Trail. Juste avant de partir, j’avais vraiment peur de ne jamais reprendre cette randonnée si je rentrais. J’avais peur de me réhabituer au confort, aux douches chaudes et à la nourriture. Mais je craignais surtout de penser que la randonnée ne m’avait rien apporté et que j’avais juste gaspillé plusieurs mois de ma vie à être sale et fatiguée, tout ça pour rien. Quand je suis finalement retournée sur le sentier, j’étais soulagée de voir que j’étais ravie d’être à nouveau en pleine nature, de marcher sans m’arrêter et de vivre au grand air. C’est un sentiment incroyable d’avoir conscience d’aimer quelque chose infiniment et de pouvoir le faire.

Ça aide aussi à rester ouvert d’esprit et à espérer que tout ne se passe pas exactement comme prévu. La pire chose est de ne pas avoir une routine que l’on connaît par cœur. Par exemple, s’il se met à pleuvoir, vous devez savoir directement où se trouve la housse de protection de votre sac et que tout ce qui doit se trouver dans un sac imperméable est dans un sac imperméable. La pluie ne prévient personne. Les pires moments pour moi, c’est quand je suis complètement trempée et que je ne peux pas me sécher ou quand j’ai besoin de vêtements supplémentaires car il fait plus froid que prévu, mais que je ne peux rien y faire car il n’y a aucun magasin.

Que faire dans ce genre de situation ?

Dans ces moments-là, il faut simplement ne pas lâcher et continuer son chemin, un pied devant l’autre. Je me souviens d’une fois où je me suis assise sur un rocher parce que je pensais être trop fatiguée pour continuer. Il pleuvait depuis déjà plusieurs jours et j’avais le moral dans les chaussettes. J’étais assise sur ce caillou depuis cinq minutes et je me suis mise à rire quand j’ai réalisé que je n’avais pas de réseau. En même temps, est-ce que quelqu’un viendrait m’aider ici ? Je me suis dit que si je mettais un pied devant l’autre, je finirais bien par arriver quelque part où je pourrais résoudre mon problème.

Quelle est votre prochaine grande randonnée ?

Les trois principaux sentiers de randonnée sont le sentier des Appalaches, le Pacific Crest Trail et le Continental Divide Trail. Si vous faites les trois, ça s’appelle la Triple Crown (la Triple couronne). C’est quelque chose de très important dans la communauté des randonneurs, mais il faut entre quatre et six mois pour chaque sentier. Même si j’aimerais vraiment le faire, je pense qu’il n’est pas logique de le faire sur plusieurs années consécutives.

Je pense que je vais prendre un mois de congé en été et faire le Long Trail. Il part de la frontière québécoise au Canada et descend jusqu’au Massachusetts. Il rejoint le sentier des Appalaches sur un peu plus de 300 kilomètres. C’est le premier sentier de randonnée longue distance créé aux États-Unis. Et apparemment, ce n’est pas un sentier facile. [Elle rit] Je crois qu’il fait environ 650 kilomètres. En plus, c’est un sentier qui est plus près de chez moi et il regorge d’histoire. J’ai vraiment envie de le faire. Il y a tellement de possibilités, je ne sais plus où donner de la tête. Mais bon, mieux vaut trop que pas assez !

Merci, Jenni ! Merci d’avoir partagé avec nous vos conseils et astuces et bonne chance pour le Long Trail. Pour suivre les aventures de Jenni, rendez-vous sur son compte Instagram @jennithomps.

Tracy Majka

Tracy is a writer, editor, and longtime vegetarian who likes pie, biking, and hockey.
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